Elle s’appelait Adèle Bloch-Bauer, la Joconde de l’Autriche nazie était juive.

Passionnée par les portraits de Klimt (merci maman de m’avoir fait découvrir son œuvre) et les innovations de la Sécession viennoise, berceau de l’Art nouveau en Europe entre 1897 et 1906, l’affiche du film La femme au tableau a attiré toute mon attention dans le métro parisien.

Helen Mirren interprète Maria Altmann, la nièce d’Adèle Bloch-Bauer, la belle anonyme dont le visage est connu par n’importe quel amateur d’histoire de l’art mais son identité est passée au second plan. Et pour cause.

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Adèle Bloch-Bauer et son époux Ferdinand étaient de riches mécènes juifs qui réunissaient dans leur luxueux appartement d’une artère bourgeoise de Vienne, les plus grands compositeurs et peintres de l’époque : Mahler, Klimt entre autres. Adèle était d’ailleurs l’un des modèles fétiches de Klimt.

Ce film retrace avec merveille, l’âge d’or de cette famille d’avant-guerre, l’insouciance de l’enfance de Maria Altmann, la scène de son mariage est d’ailleurs l’un de ces derniers moments d’insouciance. On ne peut s’empêcher de penser rétrospectivement: combien de ces familles heureuses présentes à ce mariage ont survécu aux camps et aux pogroms?.

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La splendeur et la délicatesse de son visage, la beauté de son large collier de diamants est traité avec perfection par le cinéma : il montre avec fidélité comment l’amateur d’art contemple l’œuvre d’art qui touche son émotion. Adèle Bloch-Bauer est morte d’une méningite en 1926. Son mari a ensuite offert le magnifique collier à sa nièce Maria, l’héroïne de ce film.

J’ai vraiment aimé ce film car il montre la montée de la haine envers les Juifs dès 1938 quand les nazis ont contaminés les Autrichiens par leurs idées raciales, comment cette famille fortunée a commencé à se douter que l’issue serait fatale pour eux. Aucune scène de torture ou d’interrogatoire musclé n’est visible et c’est ce qui fait la force psychologique du film. On imagine la détresse  de cette femme qui a sauvé sa vie avec son mari mais qui a dû laisser ses parents aux mains des nazis.

DF-01551Ils se sont d’ailleurs bien servis de leurs biens, confisquant les tableaux de maîtres, les objets d’art, les instruments de musique rares comme le Stradivarius du père de Maria, le somptueux collier de diamants a été offert à la femme de Göring, les florissantes entreprises juives de la famille ont été massivement spoliées.

Et surtout le portrait d’Adèle Bloch-Bauer ainsi que quatre autres tableaux de Klimt appartenant à la famille sont arrivés au musée du Belvédère de Vienne, dans d’obscures conditions. C’est une histoire vraie et non un mythe hollywoodien qui retrace le combat d’une vieille dame pendant plus de soixante- ans. Ayant appris à vivre de peu, elle était la petite modiste de Los Angeles face à une institution muséale reconnue dans le monde entier. Un combat entre David et Goliath !

L’enjeu était colossal tant sur le plan financier (un tableau estimé à plus de 110 millions de dollars) que patriotique : considéré comme la Joconde autrichienne, ce tableau attirait les touristes du monde entier.

Cette histoire fait aussi jurisprudence dans le domaine de la restitution d’ œuvres d’art (un précédent film Monuments men traitait du même thème). Représentée par un jeune avocat novice (Randy Schoenberg), elle a porté son affaire devant la Cour suprême américaine et a remporté par la suite un arbitrage favorable à Vienne en Autriche.

DF-01366RCette scène où Randy Schoenberg et Maria Altmann aidés par un journaliste viennois Hubertus Czernin (interprété par le talentueux Daniel Bruhl) est très touchante : l’Autriche a décidé d’affronter son passé et de faire justice à une famille.

Maria Altmann a d’ailleurs choisi son avocat parmi les siens, puisque Randy Schoenberg est lui aussi l’un des descendants de déportés de la Shoah.

Une fois que le musée du Belvédère restitua ses tableaux de famille en 2006, Maria Altmann les vendit au magnat des cosmétiques Ronald Lauder, grand collectionneur d’art pour 135 millions d’euros. Le tableau est exposé au grand public à la galerie Neue de New York. Au début, je ne comprenais pas cette décision mais le film explique très bien cette décision hautement symbolique.

Comme Maria Altmann a pu fuir le nazisme en Europe en se réfugiant aux États- Unis et être libre, elle voulait que sa tante puisse faire le même voyage, celui que ces parents n’ont pas pu faire.

Car après tout, même si les chefs d’ œuvres deviennent universels, personne n’a le droit de spolier des biens de famille et même s’il devient un symbole national, compte tenu de son histoire Maria Altmann a le droit de se réapproprier son héritage personnel même s’il vaut des millions de dollars, l’ histoire familiale a un prix inestimable. L’une des scènes les plus poignantes de ce film est d’ailleurs celle des adieux de Maria à ses parents quand le père l’aide à partir puisqu’il lui parle ensuite en anglais,  » la langue de ton avenir« .

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Depuis, j’ai voulu faire plus ample connaissance avec Adele Bloch-Bauer, j’ai donc lu le roman Le secret d’Adèle de Valérie Trierweiler, publié par Les Arènes dont voici ma chronique ici.

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2 réflexions sur “Elle s’appelait Adèle Bloch-Bauer, la Joconde de l’Autriche nazie était juive.

  1. Pingback: L’affaire Adèle Bloch Bauer – Klimt et la féminité

    • Bonjour je suis Margot Dimitrov, je suis ravie que vous ayez relayé mon article, c’est très aimable à vous. Je me propose de vous renseigner sur mon article pour pouvoir le réduire car certaines informations sont indirectes. Je suis une libraire diplomée de l’Ecole du Louvre, j’ai écrit cet article le 2 septembre 2015 et c’est l’article le plus populaire du blog. Je l’ai écrit pour la grande qualité du film La femme au tableau qui montre l’horreur de la discrimination envers les Juifs après l’Anchluss. Et aussi pour montrer comme ce tableau en particulier est un trésor national en Autriche au même titre que La Joconde. En tant que protestante, je suis sensible à l’antisémitisme qu’il faut sans cesse dénoncer comme un racisme intolérable. Bonne cntinuation pour votre blog, c’est très reussi vous avez fait du bon travail.

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